Accueil > Nos actions > Réponses des candidats aux législatives 2017 > 1ère circonscription (Auxerre-Puisaye)

lundi 5 juin 2017

Mathieu Deburghrave (France Insoumise)

1) Êtes-vous favorable à la suppression des radars automatiques ? Si non, voteriez-vous un amendement à la loi de finance imposant qu’au moins 80% des recettes soient réaffectées aux Plans Départementaux d’Actions de Sécurité Routière, afin que les radars ne soient plus la variable d’ajustement permettant de combler les déficits ?

Concernant l’affectation des sommes, je n’adhère pas à ce genre de raisonnements qui sous-entendrait que si les gens se mettent du jour au lendemain à ne plus se faire flasher, il n’y aurait plus de budget pour la Sécurité Routière. J’aborderais ce sujet comme nous l’avons fait, à la France Insoumise, tout au long de la rédaction de notre programme : partir de ce dont nous avons besoin. Si nous convenons que la notion de Sécurité Routière nécessite un investissement de X euros, alors on doit trouver X euros où qu’ils soient sans exiger de faire autant avec moins de moyens. Cela peut paraître utopiste, mais cette méthodologie nous a permis d’arriver à un programme qui en définitive était équilibré sur le plan financier et nous permettait de répondre aux urgences que nous avions ciblées.

Si évidemment nous venions à être minoritaires à l’Assemblée et donc à nous exprimer sur les lois de finance d’autres gouvernements n’ayant pas ces raisonnements, alors votre proposition d’amendement peut effectivement aider la cause de la Sécurité Routière à avancer.

2) Le gouvernement sortant a transféré à des sociétés privées la circulation des radars embarqués afin d’en améliorer la rentabilité. Trouvez-vous normal que l’Etat délègue ses pouvoirs de police à une société privée, avec tous les abus qui ne manqueront pas de se produire ?

Sans surprise, je suis bien entendu scandalisé que l’on confie à des organismes privés des tâches de police.

3) Le Conseil National de la Sécurité Routière est une instance consultative regroupant les acteurs de la sécurité routière, présentée comme étant le « parlement de la sécurité routière. » Or, aucune des mesures mise en place récemment n’avait été proposée par ce CNSR, certaines avaient même été rejetées. Qu’en pensez-vous ?

On peut effectivement s’interroger sur l’intérêt de vouloir mettre en place une telle instance consultative et rejeter de manière systématique leurs propositions.

4) La grande majorité des décisions prises en matière de sécurité routière relèvent du domaine règlementaire, et non du domaine législatif. De fait, ces décisions qui impactent le quotidien de nos concitoyens sont prises sans que la représentation nationale ne puisse se prononcer dessus. Trouvez-vous cela démocratique ?

Bien entendu que cela ne peut pas être la norme. J’ajouterais que cette méthode a fait la preuve de son inefficacité à la lecture des chiffres de la sécurité routière.

5) Etes-vous plutôt favorable à une diminution des sanctions pour les petites infractions (par exemple sur les excès de vitesse inférieurs à 20 km/h), ou au contraire pour durcir la répression sur les usagers de la route ?

L’intérêt de la sanction doit être préventif. La question est toujours la même : est-ce que la personne est dangereuse par son comportement ? Est-ce que la sanction a d’une part un effet dissuasif, d’autre part évite la récidive ?
Un excès de 10 km/h en centre-ville peut être plus dangereux qu’un excès de 40 km/h sur autoroute. Evidemment, attraper un conducteur à 51 km/h au niveau du panneau d’entrée d’agglomération peut difficilement passer pour autre chose que de la politique du chiffre et en tout état de cause ne sert pas la sécurité routière.
Plus que diminuer ou durcir une sanction, je suis plutôt favorable à tout remettre à plat et à tout reconsidérer sans tenir compte de l’argent rapporté par tel ou tel choix mais bien en questionnant la sécurité des personnes.

6) Les usagers de 2 roues motorisés ont l’impression de subir un acharnement des pouvoirs publics, ceux-ci ajoutant perpétuellement de nouvelles contraintes pour décourager la pratique du 2 roues motorisé. Quelle image avez-vous des motocyclistes ?

N’étant pas moi-même conducteur de 2 roues (cf question 9), la vision que j’en ai est nécessairement subjective et repose, j’imagine, sur des clichés.
Je dirais qu’un motocycliste est avant-tout un passioné qui parfois prend son véhicule pour le seul plaisir de faire de la route. C’est une attitude moins fréquente chez un automobiliste qui associe moins de notion de plaisir et ne prend sa voiture que parce qu’il a besoin de se rendre d’un point A à un point B.
Cependant, le peu d’usagers de motos que je connais ne m’ont jamais décrit ce sentiment d’acharnement. Il m’est donc difficile de vous en dire plus sur ce point.

7) Selon vous, quelles mesures seraient à mettre en place pour faire diminuer le nombre de tués en 2 roues motorisés sur nos routes ?

Deux éléments ont particulièrement attiré mon attention dans le manifeste que vous nous transmettez et dans les réponses que vous apportez à ce questionnaire :
- j’ignorais qu’il y avait une telle proportion d’accidents liés à la mauvaise conception des infrastructures et cela est révoltant. Il faut donc nécessairement qu’en terme d’aménagement et d’urbanisme, la sécurité des 2 roues soit assurée. En cela, la sensibilisation des architectes et urbanistes que vous soulevez paraît fondamentale. On pourrait imaginer une instance dépendant du CEREMA qui serait amenée à se prononcer sur tout projet d’infrastructure routière et serait en capacité de bloquer un projet qui ne prendrait pas en compte la dimension des 2 roues. Encore une fois, le bon sens s’applique : on ne peut pas accepter qu’il y ait des morts à cause d’une mauvaise conception.
- le module 2RM dans la formation des candidats au permis B : je pense que vous touchez là un point important. Effectivement, un automobiliste ne circulant pas à 2 roues n’a pas conscience de nombreux dangers auxquels vous êtes exposés. Bien évidemment que le meilleur moyen de le comprendre serait d’être passager d’un 2 roues. Mais l’imposer me semble difficile, je me serais moi-même retrouvé dans l’incapacité de passer mon permis pour la raison développée à la question 9.

8) En 2004, la loi de décentralisation a transféré aux départements l’entretien de 18000 km de routes nationales, créant ainsi une inégalité entre les citoyens quant à la sécurité routière, selon s’ils habitent dans un département riche ou pauvre. Qu’en pensez-vous ?

Encore une fois, l’économie prédomine là où cela devrait-être le bon sens. Ce genre de mesures de décentralisation crée de fait une situation inégale au regard des écarts de richesses d’un département à un autre. Le Conseil Général de l’Yonne prend bon nombre de décisions (en terme de sécurité civile, d’assistance aux personnes handicapées, de protection de l’enfance,…) qui ne se justifient que par l’aspect financier mais qui conduit à des situations d’abandon ou de danger. Evidemment, confier la gestion des routes nationales aux départements risque d’entraîner un investissement moindre et à terme des routes en moins bon état, avec tous les dangers que cela comporte.

9) Tous les ans, la FFMC organise l’opération « Motard d’un jour », consistant à transporter les élus locaux à l’arrière d’une moto, afin de les sensibiliser au manque de prise en compte des 2 roues motorisés lors de conception des aménagements routiers. Si vous êtes élu(e), participerez-vous à cette opération ?

J’aimerais pouvoir vous répondre que ce serait avec plaisir. Mais je ne suis pas politicien et je n’ai pas l’intention d’user de la langue de bois.
A titre personnel, j’ai la phobie de monter sur un véhicule deux roues motorisé. Avec toute la meilleure volonté du monde et accompagné par la personne la plus rassurante qu’il soit, je resterai dans l’incapacité de le faire. Une phobie a de caractéristique d’être irrationnelle et impossible à contrôler

10) Seriez-vous favorable à ce que les recommandations du CEREMA en matière d’aménagements routiers deviennent des normes que les collectivités locales auraient l’obligation de respecter ?

Un organisme public de recherche scientifique et technique a bien entendu toute ma confiance. Il est très bien qu’un tel organisme existe mais pourquoi refuser d’écouter ce qu’ils préconisent ? Je n’ai pas de difficultés à dire que compte tenu du fait qu’ils sont experts, alors bien sûr leur avis ne doit pas être une simple recommandation mais injonctif. Cela risque d’entraîner une opposition de la part des collectivités (les choix qui ne relèvent pas du bon sens ont une explication économique derrière, raisonnement que je rejette) mais encore une fois : pouvons-nous faire autrement ? Pouvons-nous nous en passer ?

11) La loi de transition énergétique permet aux mairies et aux préfets de mettre en place des interdictions de circulation ciblant les véhicules en fonction de leur âge. Pensez-vous qu’il soit nécessaire de revenir sur cet aspect de la loi mettant en difficulté les plus modestes ?

L’impératif écologique s’impose à tous. Je peux être favorable à ce genre de mesures mais qui impose l’existence d’un réel service public des transports. La personne qui n’est pas en mesure d’utiliser son véhicule et qui n’a pas les moyens d’en changer ne doit pas se retrouver dans une situation inextricable pour se rendre à son travail ou accompagner ses enfants à l’école par exemple. Le réseau de transport public doit être étendu et gratuit pour les usagers les plus précaires. En l’absence de tels réseaux, alors on ne peut pas demander aux personnes de rester chez eux.

12) Remarques éventuelles

Présenter une candidature aux élections législatives implique d’être contacté par de nombreux organismes, associations, syndicats qui révèlent différents problèmes et injustices. Personne ne peut avoir la prétention d’avoir réfléchi à tous les dossiers et en cela votre rôle d’information est essentiel. Quand un point m’a été soulevé, j’essaye d’en informer les citoyens que je rencontre aussi souvent que je le peux. Je vais profiter de cette question 12) pour diffuser une information que l’on m’a récemment transmise.

Il faut absolument faire diminuer de façon drastique les accidents de la route. Malheureusement, ils ne pourront jamais tomber à zéro. Dès lors que l’accident surgit, il faut que tout soit mis en œuvre pour sauver la victime.
J’ai rencontré un syndicat de sapeurs pompiers professionnels de l’Yonne qui m’expliquait que, pour des raisons d’économies sur le long terme, le conseil général avait décidé de baisser leurs effectifs déjà insuffisants. Concrètement, les pompiers expliquent aujourd’hui ne pas être en mesure d’assurer la sécurité des personnes et m’ont dit qu’a plusieurs reprises, ils arrivent trop tardivement sur des accidents faute d’effectifs et que la victime est décédée alors qu’elle aurait pu être sauvée.

Entre l’état du réseau, des infrastructures inadaptées et l’incapacité à intervenir dans des délais raisonnables en cas d’accident, on peut s’insurger du fait que la vie des personnes importe moins que les raisons financières.